Dix ans après l’assassinat du père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016, à Saint-Étienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, une amitié hors du commun est née entre deux femmes que tout semblait opposer. Roseline Hamel, sœur de la victime, et Nessara Kermiche, mère de l’un des deux terroristes, se sont rencontrées deux ans après le drame et ont tissé un lien profond, fondé sur le deuil partagé et le pardon. Leur histoire, racontée par le quotidien Ouest-France, illustre une forme de réconciliation rare dans le contexte des attentats qui ont frappé la France.
Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel, âgé de 85 ans, célébrait la messe en l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray lorsque deux hommes armés de couteaux ont fait irruption. Ils ont pris plusieurs personnes en otage et ont égorgé le prêtre avant d’être abattus par les forces de l’ordre. L’attentat, revendiqué par l’organisation État islamique, a profondément marqué la France et a suscité une vague d’émotion dans le monde entier. Parmi les assaillants se trouvait Adel Kermiche, un jeune homme de 19 ans originaire de la région.
Pour Roseline Hamel, la perte de son frère a été un choc immense. « Mon frère était un homme de paix, un prêtre dévoué à sa paroisse. Sa mort a été une épreuve terrible », a-t-elle confié. De son côté, Nessara Kermiche a vu sa vie basculer: son fils, qu’elle avait tenté d’éloigner des radicaux, était devenu un terroriste. « J’ai perdu mon fils deux fois: une fois quand il s’est radicalisé, et une autre fois quand il est mort », a-t-elle expliqué. Les deux femmes, bien que vivant des tragédies opposées, partageaient une même douleur et un même sentiment d’incompréhension face à la violence.
Deux ans après l’attentat, en 2018, Roseline Hamel et Nessara Kermiche se sont rencontrées pour la première fois. La rencontre, organisée par un intermédiaire, a été un moment chargé d’émotion. « Nous sommes des sœurs de douleur », a déclaré Roseline Hamel. « Nous avons pleuré ensemble, nous avons parlé de nos vies brisées. » Nessara Kermiche a ajouté: « Je ne cherchais pas le pardon, mais Roseline me l’a offert. C’est un geste qui m’a sauvée. » Depuis, les deux femmes entretiennent une amitié régulière, se téléphonant et se rencontrant plusieurs fois par an.
Cette amitié a été un chemin de guérison pour toutes les deux. Roseline Hamel a expliqué que le pardon n’était pas un acte facile, mais une nécessité pour avancer. « Pardonner ne signifie pas oublier. C’est accepter de ne pas laisser la haine détruire ce qui reste de notre vie », a-t-elle dit. Nessara Kermiche, quant à elle, a trouvé dans cette relation une forme de rédemption. « Je me sens moins seule. Roseline m’a aidée à comprendre que je ne suis pas responsable des actes de mon fils, même si la culpabilité reste », a-t-elle confié.
Leur histoire a été saluée comme un symbole de paix et d’espoir dans un contexte de tensions communautaires et de méfiance après les attentats. Des associations de victimes et des responsables religieux ont souligné l’importance de tels gestes pour favoriser la réconciliation. « C’est un exemple de ce que l’humanité peut accomplir de plus beau face à la barbarie », a commenté un porte-parole de la Conférence des évêques de France. L’Église catholique, qui a béatifié le père Hamel en 2020, a également salué cette amitié comme un signe de la force du pardon chrétien.
Dix ans après les faits, Roseline Hamel et Nessara Kermiche continuent de témoigner de leur histoire, notamment dans des écoles et des rencontres interreligieuses. Elles espèrent que leur exemple pourra inspirer d’autres personnes touchées par la violence. « Nous ne sommes pas des héroïnes, juste deux femmes qui ont choisi de ne pas se laisser détruire par la haine », a conclu Roseline Hamel. Leur amitié, née de la douleur, reste un message d’espoir dans un monde souvent marqué par la division.


