Un adolescent de 15 ans a été condamné ce jeudi à 18 ans de réclusion criminelle par le tribunal pour enfants de Chaumont pour le meurtre d’une surveillante de son collège, commis en juin 2025 à Nogent, en Haute-Marne. La peine prononcée est proche du maximum encouru par un mineur, fixé à 20 ans de réclusion criminelle, et exclut toute possibilité de perpétuité en raison de son âge au moment des faits.
Le drame s’est produit le matin du 10 juin 2025, devant le collège Françoise-Dolto de Nogent, une commune paisible d’environ 3 500 habitants. Mélanie Grapinet, 31 ans, assistante d’éducation et mère de famille, a été mortellement blessée à l’arme blanche alors qu’elle participait à un contrôle inopiné des sacs des élèves, organisé par des gendarmes pour détecter d’éventuelles armes blanches. L’agression s’est déroulée sous les yeux de nombreux témoins, et l’adolescent, alors âgé de 14 ans et élève en classe de troisième dans l’établissement, a été maîtrisé sur place par un gendarme, qui a été blessé à la main lors de son interpellation.
Placé en détention provisoire depuis sa mise en examen il y a treize mois, l’accusé a expliqué aux enquêteurs qu’il n’avait « aucun grief particulier » envers Mélanie Grapinet, mais qu’il voulait s’en prendre à une surveillante, « n’importe laquelle ». Selon le procureur de Chaumont, Denis Devallois, l’adolescent aurait mûri son projet quelques jours avant les faits, après qu’une autre surveillante l’avait « sermonné » pour avoir embrassé sa petite amie dans l’enceinte du collège. Sans antécédents judiciaires, il avait alors décidé de passer à l’acte.
Le ministère public avait requis une peine de 18 ans de réclusion criminelle, en demandant au tribunal de ne pas retenir l’altération du discernement de l’accusé au moment des faits. La défense, de son côté, avait plaidé pour une peine moins lourde, en invoquant la jeunesse et l’immaturité de son client. Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet, en assortissant la peine d’un suivi socio-judiciaire de dix ans, qui pourra être réévalué à l’issue de la détention.
Ce meurtre, qui s’inscrit dans une série d’agressions au couteau en milieu scolaire ayant secoué la France ces dernières années, a eu un très fort retentissement dans tout le pays. Il a relancé le débat sur la sécurité dans les établissements scolaires et sur la prévention de la violence chez les jeunes. Plusieurs responsables politiques et syndicats enseignants avaient appelé à des mesures renforcées, tandis que la communauté éducative de Nogent s’était mobilisée pour rendre hommage à la victime, décrite comme une professionnelle dévouée et appréciée de tous.
L’affaire, longue d’un an, a été marquée par une instruction minutieuse, au cours de laquelle les experts psychiatriques ont examiné l’adolescent. Ceux-ci n’ont pas conclu à une altération du discernement, ce qui a permis au tribunal de prononcer une peine criminelle. Le condamné, qui purge déjà sa peine en détention, pourra faire appel de cette décision. En attendant, le collège Françoise-Dolto tente de tourner la page, mais le traumatisme reste profond pour les élèves, les enseignants et les familles de cette petite commune haut-marnaise.



